AppGratis supprimé de l’App Store. Voilà toute l’histoire

Je suis Simon Dawlat, Directeur Général d’AppGratis.

J’ai fondé AppGratis en 2008. Je la dirige depuis.

Aujourd’hui, pour la première fois dans son histoire, AppGratis traverse un moment particulièrement difficile.

A peine quelques heures avant de commencer à écrire ceci, j’atterrissais à São Paulo, où nous avons des bureaux. J’allume mon iPhone, et là, après 12 éprouvantes heures de vol, je vois  plus de 75 appels en absences et un flot sans fin (ou presque) de SMS non lus.

J’ai failli m’évanouir.

Tous ces messages, ça n’arrive pas sans raison. J’ai tout de suite pensé qu’un de mes proches, un ami, un membre de ma famille, était mort. Pendant plusieurs minutes, je n’ai pas pu regarder mon téléphone, pétrifié, terrifié à l’idée de la terrible nouvelle qui m’y attendait.

Depuis, Apple a fait un communiqué officiel, le Wall Street Journal l’a publié, et, vous l’avez deviné : ma famille et mes amis vont bien. C’est eux qui s’inquiètent pour moi, maintenant.

Vendredi 5 avril fut donc le jour où Apple décida de retirer AppGratis de l’App Store. 12 millions d’utilisateurs se demandent où leur app préférée est passée.  45 employés se demandent s’ils seront  au chômage dès lundi. Mes partenaires et mes investisseurs sont en état de choc. Et moi, je me retrouve avec cette  situation hautement improbable à gérer, à des milliers de kilomètres de mes équipes.

alone

Tout d’abord, je voudrais rassurer nos utilisateurs, nos clients, nos investisseurs, nos amis :

Même s’il est n’est pas possible de télécharger nos apps dans l’App Store pour l’instant, AppGratis est bel et bien vivante. Si vous êtes l’un des 12 millions de veinards à avoir téléchargé notre app, sachez que tous les jours, et ce sans discontinuer, vous retrouverez le bon plan du jour.

Car entretemps, c’est quelques millions d’apps gratuites et en promo qui ont été téléchargées grâce à AppGratis depuis vendredi dernier.

AppGratis tourne.

Ensuite, je voudrais préciser quelques points :

J’ai lu beaucoup de réactions et d’articles : « Adieu AppGratis… »

A ceux-là, je le précise : les rumeurs concernant ma mort sont très exagérées.

J’ai lu aussi, selon l’imagination de certaines personnes, que j’aurais utilisé des méthodes illégales pour qu’AppGratis sécurise plus de 5% des parts de marché iOS aux Etats-Unis. En tant que directeur d’une société de 45 personnes, que j’ai toutes embauchées moi-même, que je respecte et à qui je tiens profondément, je n’aurais jamais pu enfreindre de la sorte les règles d’Apple, mettant en jeu le travail de tant de travailleurs et l’avenir d’une société que j’ai mis 4 ans à bâtir.

Chapitre 1. Ce qui s’est passé avec nos apps.

A l’automne 2011, je le concède, nous avons fait une erreur. Nous avons décidé d’utiliser une app différente pour chacun des territoires où nous voulions lancer AppGratis, une version localisée de la même app, pays par pays : une très bonne solution pour se déployer rapidement. Mais, très vite, non seulement nous nous sommes retrouvés avec plus de 20 applications à gérer dans l’App Store (autant dire un cauchemar pour notre équipe technique) mais nous nous sommes vite heurtés à la guideline 2.20 d’Apple :

2.20 Les développeurs qui “spamment” l’App Store avec de nombreuses versions d’applications similaires seront radiés du Programme des développeurs iOS 

Parallèlement, il nous a aussi été reproché d’enfreindre une nouvelle directive, la guideline 2.25, qui dit :

2.25. Les applications qui affichent d’autres apps que la vôtre à l’achat ou pour en faire la promotion d’une manière similaire ou pouvant être confondue avec l’App Store seront rejetées

Et – surprise – nous tombions aussi sous le coup de la guideline 2.12 qui dit :

2.12 Les Apps sans utilité réelle ou qui ne procurent pas un divertissement durable peuvent être rejetées. 

Etant donné la passion débordante et les efforts phénoménaux que nous avons toujours déployés au sein d’AppGratis, au vu des avis toujours plus enthousiastes de nos utilisateurs (sans parler du fait qu’AppGratis répond à un réel besoin de découverte d’applications), ce dernier point fut plutôt difficile à accepter, tant il était confus pour nous. Ces nouvelles guidelines laissaient une place trop grande à une appréciation subjective.

Fort heureusement, C. [je ne citerai ici aucun nom pour des raisons évidentes de confidentialité], notre intermédiaire habituel chez iTunes, nous a contacté. C. a toujours été investie dans nos échanges, disponible et à l’écoute. Travailler avec elle est un plaisir. Elle nous a guidé tout au long des changements que nous apportions à AppGratis pour la remettre sur les rails de l’App Store. Nous avons de même travaillé en toute intelligence avec K., membre de la même équipe.

Après de nombreux échanges, nous en étions là :

A propos de la 2.25 : Nous avons bien établi qu’AppGratis n’avait rien à voir avec l’App Store. L’App Store est un immense catalogue de plus d’un million d’apps. AppGratis est un media, qui teste et met en lumière un produit Apple par jour, comme le font des milliers d’autres sites, blogs et apps. Une grosse différence tout de même. Réponse d’Apple : OK.

A propos de la 2.12 : Malgré son interface utilisateur très simple, AppGratis est un petit bijou technique, solide et complexe à la fois. Nous avons montré à C. et K. la profondeur, le perfectionnement et l’utilité de notre produit autant d’un point de vue technique, qu’éditorial. Là encore, réponse d’Apple : OK.

A propos de la 2.20 :  Nous nous sommes entendus sur une grosse mise à jour de l’app qui réunirait toutes nos apps en une seule. On s’y attendait un peu, on avait déjà une beta en développement. Nos 10 techniciens se sont intégralement dévoués pour finir ce projet, et ont pu le soumettre à Apple en un temps record. Tout le monde s’est serré les coudes; 45 personnes travaillant dans un seul et unique but : simplifier la découverte d’applications.
Réponse d’Apple : OK.

Apple a donc validé la v3 d’AppGratis pour iPhone en Novembre 2012, et quelques semaines plus tard, nous finissions notre premier tour de table et levions plus de 13 millions de dollars de capital avec Iris Capital, supporté par Orange et Publicis, ainsi que d’autres organismes financiers. Nous nous sommes remis au travail, impatients d’entamer 2013 qui s’annonçait riche en aventures !

La semaine dernière, Apple a également validé notre v3 iPad.

Oui, vous avez bien lu.

LA. SEMAINE. DERNIERE.
agHDapproved
Cette validation, pour nous, c’était un gage de la valeur ajoutée de notre produit à l’ensemble de l’écosystème Apple. Nos discussions avec Apple nous le confirmaient. `

Nous allions lancer et annoncer notre version iPad. Tout était prêt : une app validée depuis quelques jours, le contenu éditorial exclusif créé dans 12 langues sur plus de 30 territoires, des newsletters dans les starting-blocks…

Quand, vendredi dernier, R., un intervenant de chez Apple (avec qui personne de mon équipe n’avait eu de contact auparavant) essaie de m’appeler. Sans succès (j’étais dans l’avion). Il décide alors de retirer nos apps sous le coup de la guideline 2.25 et aussi – surprise – de la guideline 5.6, qui dit :

5.6 Les Apps n’ont pas le droit d’utliser la notification push pour envoyer des messages publicitaires, des offres promotionnelles ou des offres de marketing direct d’aucune nature.

Quel choc pour nous ! Nous n’envoyons qu’une et une seule “notification système” par jour à nos utilisateurs (et encore, seulement à ceux qui en ont fait la demande). C’est un message générique, tout simple, qui dit : « L’offre du jour est disponible ». 

C’est précisément la façon dont Apple recommande aux développeurs d’utiliser les notifications !

Chapitre 2. Ce qui s’est passé, chez Apple.

Au début, j’ai pensé que nous avions été victimes d’un malentendu, d’un simple problème de communication interne, et non d’un invraisemblable bannissement des apps tierces. Nous avons vérifié chez nos concurrents : toutes leurs apps étaient disponibles au téléchargement.

Nous avions le feu vert d’Apple depuis des mois. Comment ne pas juger improbable qu’une société aussi importante qu’Apple change d’avis du jour au lendemain, dans ce qui ressemble avec le recul à un drôle de caprice.

Lundi matin, R. m’a rappelé. Il n’a pas fait grand chose d’autre que de répéter en boucle que notre app a été retirée de l’App Store sous le coup des guidelines 2.25 et 5.6.

Je lui ai demandé comment son équipe avait pu se raviser aussi soudainement, signant l’arrêt de mort d’une société de 45 personnes. Je l’ai senti très peu préoccupé de la gravité de la situation. Il n’a pas su me dire sur quels points spécifiques ces décisions avaient été prises.

Quelques secondes après avoir raccroché, le Wall Street Journal publiait une déclaration (très laconique au demeurant) émanant d’Apple, confirmant le fait qu’AppGratis avait été retiré de l’AppStore sous le coup des guidelines 2.25 et 5.6.

Pour nous, bien sûr, c’est un coup dur.

Et alors que je m’apprête à publier ce billet, je suis encore sous le choc de ce qui nous arrive.

Mais notre mission est loin d’être finie !

Chapitre 3. Notre mission est loin d’être finie !

Tout d’abord, nous avons le devoir d’apporter à nos utilisateurs iOS leur app gratuite quotidienne. Nous le faisons depuis 4 ans, nous n’allons pas arrêter. Même si nous sommes encore complètement abasourdis par la décision d’Apple de retirer de leurs rayons un service utilisé par des millions de leurs utilisateurs, ces personnes ont encore AppGratis installée sur leurs iPhones, leurs iPads et nous maintenons notre engagement envers eux !

Et depuis que la nouvelle s’est répandue, nous avons vu nos demandes d’abonnement à la newsletter littéralement exploser !

En 2008, à ses débuts, AppGratis était déjà une newsletter avant de devenir un service mobile : et c’est à nouveau par ce biais que nous continuerons à communiquer nos promos quotidiennes aux nouveaux utilisateurs qui n’auraient pas pu télécharger notre app avant son retrait de l’App Store.

Et c’est plus ou moins là où on en est aujourd’hui… estomaqués qu’Apple aie pris la décision de détruire autant de valeur ajoutée à son propre écosystème, mais plus que jamais convaincus que nous sommes du côté des gentils, et que nous remplissons une mission nécessaire dans l’univers gravement malade de la découverte d’app.

Pour les plus courageux qui ont lu jusqu’au bout, quelques propositions :

-   Si un responsable de chez Apple lit ce message et veut en discuter avec moi plus en détail, je serais heureux de sauter dans le prochain vol pour Cupertino pour vous prouver que nous sommes dans une dynamique positive, pour les utilisateurs, pour Apple et pour nous. Mon email est simon@appgratis.com. Je suis dispo quand vous voulez.

-   A mon équipe, keep pushing. Vous faites un boulot absolument génial, et je sais que là, maintenant, certains d’entre vous sont tristes, ont peur, et moi aussi.

Mais même aux heures les plus sombres, chaque problème trouve sa solution.

Nous allons la trouver.